Voyage interne

V

Je me perds trop. Un sorcier m’a dit qu’il fallait chercher plus loin au plus près. Trouver dans ce noeud de chair et de sang ce chemin qui me donnerait une direction à suivre, un sens à ma vie.

Je ferme les yeux. Je n’y vois que l’obscurité pendant longtemps. Je me visualise alors une route que je connais bien, familière, propre à l’enfance. Celle qui m’emmène chez ma grand-mère. Celle qui donne de la chaleur et l’envie d’avancer. Un point de repère au point, en quelque sorte.

Je roule dans une voiture made in imagination, fabriquée à base de plumes bleues et de coquillages, c’est joli. Mon conducteur est un corbeau anthropomorphe, il porte une chemise bleue et rigole tout le temps. Je crois que je me suis crée un Disney sans le vouloir. Ça me fait sourire.

J’avance. Des sons me reviennent d’un autre temps, d’un autre monde. Ça me réveille des morceaux de souvenirs qui font de leur mieux pour se recoller ensemble. Ça provoque des situations manquantes assez curieuses, comme une dispute avec des sourires. Je comprends rien mais ça fonctionne.

Je continue. Ça sent bon la crêpe au sucre comme avant. Je vois des proches contraints de s’éloigner par le temps. Je me sens triste et en colère. Quelque part, j’en tire également de la joie. La nostalgie est une déesse qui se joue de moi… et je me laisse faire.

Je poursuis. Je me vois en costume et négocier des actes. Tiens donc, dans une voiture coquillée-plumée conduite par un oiseau noir, pourquoi pas. Le contrat a l’air tout sérieux. Je ne sais pas ce que je dis. Rien n’est logique de toute façon.

Je poursuis. Ce n’est plus du bitume en dessous de nous, ce sont des étoiles dans des nuages. Le ciel s’est assombri. Des couleurs dansent dans une nuit qui se veut jour.

Je prolonge. Ce chemin est un laboratoire expérimental dont je suis le cobbaye. Il est peine perdue de choisir une direction, il faut que je me laisse porter. Ce n’est pas moi qui pilote c’est le piaf moqueur.

Je rouvre les yeux. Fermer les yeux dans un lit n’était pas une si bonne idée.

Commenter

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

Je suis aussi ici