\\ Le Vagabond \\

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\\ Les Glyphes \\

 

Je surgis dans un endroit si sombre que mes pauvres yeux ne voyaient rien.

Je tendis par réflexe mes mains en avant et sentis une paroi dure et froide.

Sans oser faire un geste supplémentaire, de peur d’enclencher un quelconque piège, la cape, si astucieuse, détacha un morceau d’elle.

La pièce de tissu flotta dans les airs puis se mit à briller d’un joli vert, vif ou doux selon les moments, tel un feu follet.

Je découvris pour la première fois cette capacité.

– J’en apprends encore de toi, lui dis-je.

– C’est grâce à mon porteur que je peux faire toutes ces choses, m’apprit-elle.

C’était, là encore, une de ses phrases énigmatiques dont elle avait le secret. Je fis l’effort de ne pas lui demander le sens de cette parole, elle m’aurait, une fois de plus, sorti une phrase encore plus curieuse.

J’analysai rapidement mon environnement.

C’était devenu un réflexe de survie nécessaire, certains lieux m’étaient si hostiles que je devais aussitôt repartir.

Les murs étaient faits en une matière inconnue de mon répertoire. C’atait une sorte de liquide noire, qui, au lieu de se déverser, formait un mur.

La lueur textile me permit d’observer de plus près cette eau ténébreuse suspendue.

Il y était imprimé de nombreux motifs fins, recherchés et travaillés. Il s’y logeait de nombreux détails mais les formes étaient trop abstraites pour y comprendre quoi ce soit. Était-ce là un moyen d’expression d’extraterrestre ? Du texte ? Du dessin ? Cela me semblait sacré.

Cette substance insaisissable se trouvait tout autour de moi, sauf sur ma droite, formant ainsi un couloir. J’en pris alors la direction.

Je marchai un instant ou deux avant de me retrouver à nouveau devant un mur.

Celui-ci, comme tous les autres, était épais. J’envisageai de prendre de la hauteur en demandant à la cape de m’élever dans les airs, mais elle y envoya d’abord la flammerole qui me fit découvrir l’existence d’un toit obscur. Il existait donc là aussi un obstacle.

Pensant avoir loupé quelque chose, je fis marche arrière et revins sur mon lieu de départ mais rien ne me permettait d’y voir une issue. Embêté, je pris à nouveau la direction inverse pour regagner, au bout de l’allée, l’impasse.

Il paraissait n’y avoir aucun moyen de sortir. Cela me fit rappeler l’épisode de la Pièce et je fus pris d’une angoisse familière. Je ne supportais plus d’être enfermé.

Je n’osai pas encore prononcer la formule de la téléportation. J’avais la crainte qu’elle soit ici aussi sans effet… je ne voulais pas paniquer.

– Regarde de plus près… me suggéra la cape.

Bonne conseillère, je scrutai à nouveau le cul-de-sac. L’évidence me sauta aux yeux : il n’avait pas de motifs !

Cette masse d’eau, différente des autres, était mon seul indice. Je réfléchis puis y posai mes doigts. C’était toujours aussi froid. Je les retirai… et vis alors, à l’endroit même où je les avais mis, des motifs. Les mêmes que sur les autres parois. Elles restèrent là quelques secondes puis s’effacèrent petit à petit jusqu’à disparaître.

Je plaquai ma main sur le rempart qui resta immobile avant d’être inspirée. La lueur du morceau de feu-volant la montra se glissant dans le sombre liquide. Une force, invisible jusqu’ici, attira puissamment le reste de mon corps à l’intérieur.

Je mesurai soudain l’ampleur de la menace : je risquai de ne pas en ressortir ! Je voulus me dégager mais c’était impossible. J’haletais de terreur à mesure que mon poignet puis mon coude s’enfonçaient.

– Au secours ! criai-je, exclamation désespérée que nul n’entendit.

Puis ma joue toucha la surface glacée, et je fus aspiré dans une obscurité de poix.

*

 

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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