\\ Le Vagabond \\

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\\ Le Carnet (suite) \\

J’arrêtai, essoufflé. Je transpirais à grosses gouttes comme si j’avais couru un marathon. J’avais la main tellement moite que le crayon glissait de mes doigts.

Autour de moi, il faisait toujours nuit. Les ombres étaient un peu plus grandes. Elles glissaient plus près du feu.

Je regardai mon carnet. J’avais rempli beaucoup de pages sans m’arrêter une seule fois. Je n’aurais pas su dire combien de temps s’était écoulé depuis que j’avais commencé…

Je m’étais senti comme plongé au plus profond de moi-même. Les mots s’étaient écoulés tel un flot en moi. Comme si j’étais un fleuve.

J’avais plein de questions affamées qui se bousculaient, qui voulaient être nourries de réponses.

– Comment ai-je pu écrire autant sans m’en rendre compte ? demandai-je.

– Ce n’est pas important, dit la cape. Ce qui est nécessaire, c’est de continuer.

– Mais plus j’écris et plus je ne comprends rien, rechignai-je. Tout me vient dans le désordre, sans tous les détails ! Quelle est cette voix des eaux qui m’a soigné et même sauvé la vie ? Cette pièce qui a failli m’écraser mais qui s’est transformée selon mes souvenirs ? Ce monstre qui revient dans mes rêves ? Cette porte qui est apparue pour disparaitre presque aussitôt ? Comment puis-je être encore vivant après tout ce qui m’est arrivé ?

– Ce n’est pas le moment de tout comprendre, répondit le tissu. Il te faut encore raconter. C’est essentiel. Les réponses te viendront une fois que tu auras terminé. Il te faut poursuivre. Qu’est-ce que tu te rappelles d’autre ?

Je réfléchis un moment. La fraîche brise caressa doucement ma nuque, joua tendrement avec mes cheveux. Beaucoup de choses remontaient dans mon esprit.

– Les glyphes…

– Alors reprends par là.

Guidé par la machine de mon cœur nourrie à l’essence de mon sang bouillant, je repositionnai correctement le crayon entre mon pouce et mon index et, dans un souffle, le posa sur une nouvelle page vierge du carnet.

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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