13. Une vue exceptionnelle

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Les cheveux attachés en arrière, d’une couleur un peu plus sombre que les autres, Estelle Zu avait d’ici une vue exceptionnelle sur toute la ville.

Habitant le seul appartement du dernier étage de la plus haute tour faite de verre et d’acier, elle passait beaucoup de son temps à fixer l’agglomération et à y déceler les petits détails qui auraient pu lui échapper. Le reste de cette vie, Elle le passait à jouer sur son piano.

Son instrument était toujours près d’elle. Comme si s’en éloigner aurait pu lui provoquer un quelconque malheur. Elle en avait un lien terriblement profond. Elle sentait, dans les entrailles de ses existences, qu’il avait un rôle clé. Elle ne savait pas encore lequel, ni pour quand, mais c’était là une vérité glissée dans la chambre de son cœur que rien ni personne ne pouvait effacer ni même l’altérer. C’était là un repère. Une étoile figée en plein milieu des ténèbres. Une lumière sur laquelle elle pouvait se tourner. Un astre qui la guidait dans l’aléa de ses vies.

Et tandis que les Estelle(s) s’angoissaient et se réconfortaient du mieux qu’elle(s) le pouvai(en)t à travers leur quotidien respectif, Estelle Zu regardait les structures de la cité. La musicienne avait eu beaucoup de chance : elle pouvait vivre uniquement de sa passion musicale sans se soucier des autres choses. Car, oui, de ce côté-ci, Estelle était très aisée et pouvait avoir tout ce qu’elle voulait en un claquement de doigts. La jeune et belle femme avait hérité d’une colossale fortune, si bien qu’elle s’était quasiment consacrée à une carrière de pianiste (qui s’était d’ailleurs bien fait connaître).

En ce moment même, on aurait pu penser que la trentenaire profitait du spectacle que son appartement lui permettait d’avoir. Qu’elle admirait la cité, chanceuse de pouvoir jouir d’une vue panoramique exceptionnelle. Seulement, ce n’était pas le cas. Au contraire, elle en était inquiète. Car, depuis peu, elle avait découvert un phénomène qui se déclenchait de plus en plus souvent. Un évènement que rien ne semblait expliquer. Or, c’était justement ce qui l’agitait : c’était irrationnel.

C’était irrémédiablement ce qu’elle exécrait le plus dans tous les mondes qu’elle vivait : ne pas pouvoir en connaître la cause. Or, elle était justement face à quelque chose d’incroyable. Elle avait même failli se dire que c’en était… magique. Mais elle s’interdisait de le concevoir. Estelle avait beau être une artiste, par sa facette de comédienne ou de musicienne, elle était aussi une rationnelle et une scientifique, par sa part d’avocate ou de doctoresse. Elle n’était toutefois pas magicienne et jamais, quelle que soit sa vie,  elle croyait à l’inconcevable.

Pire encore : elle avait constaté qu’elle était la seule Estelle à l’avoir remarqué. Normalement, tous ses autres êtres auraient dû se mettre aussitôt au courant de ce qui se passait. Les informations de ses vies étaient comme des cours d’eau qui se rejoignaient les uns avec les autres avec une fluidité sans égal. Seulement, cette découverte-là, elle n’arrivait visiblement pas à la communiquer avec ses autres existences. Elle avait essayé de bien des façons : en le pensant très fort, en l’écrivant, en le disant à haute voix, jusqu’à même le hurler, mais cela n’avait aucune conséquence. Elle espérait alors que cela fonctionnerait en regardant longuement ce qui se passait sur la ville.

Elle était convaincue qu’elle avait involontairement pris connaissance d’une circonstance qu’elle n’aurait jamais dû connaitre.

Et elle avait raison…

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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