(témoignage n°2)

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Erwan

« ‘La Grotte’ -comme ils aiment la nommer- est bien plus qu’un simple trou sous un rocher : c’est un premier tunnel qui se jette dans un deuxième tunnel se jetant à son tour dans plusieurs autres tunnels. Un ensemble de passages souterrains complexes. Plus ou moins sûrs. Il y a quelques jours, j’ai vu une jeune femme se balader dans l’un de ces sombres passages avant qu’un éboulement n’ait eu raison d’elle. Dommage. Je l’aimais bien cette petite… elle me rappelait ma nièce. Annie, qu’elle s’appelait. Je ne sais d’ailleurs pas ce qu’elle devenue. Ni le reste de ma famille. Bref. Quand cette étrange lumière s’est abattue sur nous, j’ai juste eu le temps de prendre ma femme et de la plaquer contre moi en dessous de la table du salon. La maison avait été secouée dans tous les sens. Tout s’écroulait. On allait mourir. Pourtant, après d’interminables minutes, ça s’est arrêté et on était encore en vie. La table avait bien tenu… et dire que je ne la voulais pas – ! Bref. J’ai quand même été coupé profondément au bras gauche. Il me fait toujours mal d’ailleurs… mais on peut s’estimer heureux d’être encore là. Et surtout d’être là tous les deux l’un pour l’autre. Bref. Sur le moment, sans trop chercher à comprendre la raison de cette catastrophe, on avait tous les deux été pris à l’instinct et on avait récupéré tout ce qu’on avait pu : un caleçon par ci, une bouteille d’eau par-là, un paquet de gâteaux de ce côté, une boîte d’aspirine de l’autre… tout ce qui pouvait nous permettre notre survie. On avait mis le tout dans une valise à moitié cassée qu’on avait retrouvé. Ensuite, on avait osé regarder en l’air, et, en voyant ce ciel orange à la limite du rouge à travers le toit, puis l’air qui nous rongeait les poumons, on avait compris que ça ne touchait pas que notre ville. Que c’était beaucoup plus grave. En passant la porte -du moins de ce qu’il en restait- on avait réalisé que nos voisins n’avaient pas eu la même chance que nous : leurs domiciles étaient en ruines. Nous, au moins, il restait des fondements et on n’avait pas de premier étage. Il faut croire que tout doit tomber et toujours par le haut. Même dans la Grotte, considérée comme un abri, il y a des tunnels qui s’effondrent sur la tête des jeunes femmes. Bref. »

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des nouvelles, des poèmes.

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