Les Vies d’Estelle(s)

L

17. Le stéthoscope sur son cœur

La jeune trentenaire se promenait dans les rues de la grande ville, plus détendue que les autres jours. Ces derniers temps Furent particulièrement mouvementées et Estelle profitait d’une rare accalmie pour se laisser porter au gré de ses envies. Comme il était désormais si étrange pour elle de se déplacer à nouveau en ces lieux si particuliers…

Un père grondait son enfant qui avait traversé la rue sans regarder. Une femme remettait du rouge à lèvres devant la glace d’une boutique. Des jeunes buvaient un verre en terrasse en parlant de tout et de rien. Estelle fut admirative de tous ces petits détails qui, réunies, faisaient grouiller la vie, tout simplement.

Elle contempla le bijou en or accroché à son poignet et ne put s’empêcher de sourire. Elle savait que tout ce qu’elle faisait en valait toute la peine des mondes. Bientôt, tout sera fini. Elle pourra enfin reprendre le cours normal des choses.

Oui. Elle portait un bracelet doré. On ne pouvait alors que comprendre que cette Estelle n’était ni la musicienne, ni la doctoresse, ni l’avocate, ni la comédienne ni la béguineuse. Il ne s’agissait d’aucune de ces cinq existences. Elle était l’Estelle inconnue des autres. Enfin, pas tout à fait…

Le soleil tapait fort ce jour-là. Sa peau, fragile et sensible, avait déjà pris une couleur cramoisie ici et là. Elle s’arrêta un moment, contempla son épiderme, comme si c’était la première fois qu’elle le regardait puis reprit son chemin qui n’avait pas d’itinéraire précis.

Un pigeon traversa les airs à proximité d’Estelle. Elle sentit dans ses cheveux mi-longs le souffle généré par ses ailes. Elle crut même qu’elle allait se le prendre. Elle fut stupéfaite de la précision de la moindre conséquence d’un fait générateur. C’était tout simplement… magnifique.

Elle jeta un coup d’œil à la montre. Elle présentait beaucoup de particularités mais n’affichait aucunement l’heure. Il n’existait, en effet, aucun intérêt de connaître cette information. Son écran était grand et présentait visiblement une technologie qui n’existait nulle part ailleurs. Elle fit quelques mouvements dessus puis elle vit apparaitre plusieurs cartes contenant chacune un point rouge. Evidemment, aucune autre de ses existences ne pouvait être ici puisqu’il s’agissait de son propre monde.

Elle fut cependant bien surprise de voir qu’une Estelle, plus costaude que les autres, aux bras et aux jambes puissants, se précipita vers elle et la plaqua au sol, avant de lui mettre sous le nez un chiffon. Il s’en dégageait une odeur forte et fade. Elle reconnut aussitôt ce composé chimique : c’était du trichlorométhane, ou chloroforme.

Le sédatif étourdissant plongea la femme dans un sommeil quasi-immédiat.

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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