\\ Les Cieux \\


Je jaillis brutalement du ciel pour chuter dans le vide. Le vent s’engouffrait dans mes vêtements, la vitesse me brûlait la peau. Une lumière m’aveuglait, je ne voyais rien. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’hurlais. Dans mon malheur véritable, je n’hurlais qu’en silence car je n’arrivais pas à reprendre mon souffle.

Heureusement, ma cape comprit à nouveau mieux que moi la situation et se mut. La matière se déplaça sur moi, tel un serpent, pour me couvrir de la tête aux pieds, Le tissu devint toile, et je me vis devenir une chauve-souris, un écureuil-volant, ou un entre-deux, couleur jardin.

– Laisse-moi faire ! lança-t-elle.

Je la sentis, non pas prendre possession de mon corps, mais devenir maîtresse de mes mouvements. Comme une marionnette. Elle me fit prendre une position particulière, ce qui me stabilisa.

– Je peux diriger avec l’air, m’expliqua-t-elle. Dis-moi où veux-tu aller et j’irai.

Je repris tout d’abord mon calme, à une vitesse étonnante. Je m’habituais malgré moi à ces moments extrêmes. Mes yeux s’adaptèrent aux rayons qui transperçaient le ciel. C’était un soleil orange, plus gros que sur la Terre. Ce qui justifiait peut-être le fait que je n’avais pas froid malgré l’altitude. Car j’étais haut, très haut, et en penchant ma tête vers le bas je ne voyais que de l’eau violette à perte de vue. J’avançais vite, très vite, mais je ne voyais aucun endroit où me poser. Ce monde était un désert liquide.

– Tu te trompes, me lança la wingsuit-cape. Regarde !

Je vis au loin des scintillements remonter puis redescendre… jusqu’à réaliser que c’étaient des reflets. Je m’approchai avec prudence.  Des… oiseaux-papillons ?

C’étaient des êtres d’un mètre de haut. Ils formaient, en colonie, une danse hypnotique. Ma présence ne les gêna pas. Bien au contraire, ils s’avancèrent vers moi. Ils étaient une dizaine. Ce n’était pas leur bec tordu, ni leurs ailes et corps mi-plumes mi-écailles, ni leurs regards perçants qui m’attiraient le plus mais les éclats qu’ils provoquaient par leur gestuel. Ils absorbaient les rayons du soleil pour les rejeter dans des couleurs improbables, magiques. Mehlisïâ aurait adoré. C’était plus beau que l’arc-en-ciel de mon souvenir devenu gris. Ces corps volants formaient un tableau d’art agité, sans cesse renouvelé, qui semblait raconter sa propre histoire. Ça me troubla.  

J’essayai un dialogue avec eux mais je compris qu’ils étaient des animaux qui ne s’exprimaient que par piaillement. Je cherchai une terre à l’horizon… toujours rien. Peut-être n’avaient-ils pas besoin de se poser sur un sol et qu’ils pouvaient vivre constamment dans le ciel ? Qu’importe. Je restai là, à piaffer comme eux, et j’oubliai tout, un moment.