\\ Le Vagabond \\


\\ Les Lumières \\

Dès ma réapparition, je serrai une partie de la cape contre moi.

– Tu es revenue… murmurai-je tout en laissant ma joie s’exprimer.

– Je ne suis jamais partie, dit-elle mystérieusement comme à son habitude.

Je n’aurais jamais cru qu’un vêtement me manquerait autant. Durant son absence, j’avais réalisé qu’elle était bien plus que cela, hormis ses capacités extraordinaires : elle était une amie.

C’était la seule sur qui je pouvais vouer entièrement ma confiance. La seule à qui je pouvais me confier entièrement. La seule qui pouvait m’aider au-delà de tous ces mondes. La seule qui, parfois, me donnait l’impression de me connaître encore mieux que moi-même…

Une fois l’émotion passée, je regardai autour de moi pour savoir où j’avais atterri. Je fus alors stupéfait de découvrir que je n’avais jamais touché terre et que je flottais haut dans les airs, sous une nuit étoilée. Je n’avais aucun vertige. Surtout, je baignais dans une sorte de multiples lumières dont le vert était prédominant.

– J’aime cette couleur, lança la cape.

Elle me fit sourire.

Notre précédente aventure au sein de la Cité fit naître dans ma tête de nouvelles questions, surtout à propos de la Reine, qui se placèrent à côté de toutes les autres. Très peu d’entre elles eurent leur réponse, si ce n’est aucune. Je baignai dans une entière énigme. J’avais cette sensation d’être devant un grand puzzle à compléter sauf que je n’avais quasiment aucun morceau à ma disposition.

Je voulus en parler avec la cape mais ces lumières suspendues me fascinaient. Mon attention se focalisa entièrement sur elles, me faisant alors oublier le reste, même ce froid que j’exécrais par-dessus tout.

J’attrapais les lumières, si ce n’était l’inverse. Je me sentais étiré de toute part. Je m’allongeais à ne plus en finir. Mon corps se dématérialisa jusqu’à se dissiper entièrement dans les faisceaux.

Je figeais les mondes n’importe où dans n’importe quel temps. Il suffisait qu’on se le dise dans nos silences sans même nous regarder. Je revoyais tout, je ressentais tout. Je revivais en temps réel les souvenirs. Un en ressortit.

C’était une fin d’après-midi qui sentait bon la pluie et la forêt sauvage. Celle où nous avions fait l’amour. Pour les nuages, pour l’eau qui tombait, pour le vent humide mais pas pour nous. Nous, nous étions dans le ciel pour aller toujours plus loin, plus haut.

L’amour cet étranger qui m’annonce sans frapper m’allume l’obscurité me sourit en larmes me nettoie en désordre me crie dessus silencieusement me donne tout en plein vol me rappelle dans l’oubli me perd lors des retrouvailles me tolère en rejetant me descend par montée me rit sous l’angoisse me contredit en toute logique me complique facilement m’écoute sourd me voit aveugle me touche insensible me cogne en douceur m’égaie déprimé m’apprend ignorant m’appauvrit enrichi m’écrit sans lignes me parle sans son m’approche en m’éloignant me chante en parlant m’extériorise dans l’intérieur me désire par le dégoût m’achète vendu me mange la bouche fermée me veut sans le vouloir m’abrutit intelligemment m’infantilise en adulte me réconforte par effroi me souffre sans douleur m’écrase en s’envolant me domestique sauvage me rajeunit dans la vieillesse m’habille dans la nudité m’embellit par mocheté me câline sous morsure m’analyse sans comprendre me cuisine sans plat me voyage immobile me court en marche m’espère en désespoir m’imagine sans rêver me rend fidèle en trompant me meurt dans la vie me bafouille éloquant me dessine sans crayon me saisit sans rien prendre me commence en terminant me popularise inconnu me promet sans tenir m’embrasse sans lèvres m’a sans m’avoir m’isole en m’ouvrant me hait pour m’aimer me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote me pianote

Je ne sus combien de temps je fus dans cet état-là. Quand je revins à moi, j’étais au sol, sur de la neige froide et dure, perdu dans l’obscurité la plus totale.

Les lumières n’étaient plus.

Mais, devant moi, il y avait une porte. Blanche. Je courus vers elle, en saisis sa poignée. Était-ce là ma sortie ? Était-ce la fin ? Elle ne voulut pas s’ouvrir. Elle était comme la bleue verrouillée. Je m’énervai dessus, pris d’une rage sans pareille.

– Pourquoi apparaissent-elles devant moi si je ne peux pas les ouvrir ??!

Je m’excitai dessus comme une bête enragée, je cognai contre sa paroi de toutes mes forces. Je ressentais la cape partager mon désespoir. Soudain, la porte disparut et je tombai au sol… à nouveau.

J’étais épuisé.

J’étais glacé.

Mes forces me quittaient.

Le tissu me frappait le visage pour me maintenir réveiller.

Trop tard…

Je ne pus m’empêcher de fermer les yeux.

Au loin, j’entendis dans un écho un rire.

Un rire de plus en plus fort.

 

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