\\ Le Vagabond \\


\\ Le Monstre (suite) \\

Ferme tes yeux, laisse tes oreilles percevoir les cris des murmures. Ces voix coincées dans les autres, cherchant à se défaire, à n’être enfin plus qu’une. Les entends-tu ? Elles sont pourtant là. Bois leurs paroles. Assimile-les. Ces chuchotements hurlés sont tellement de choses. Tout ce qui est bon pour le cœur, l’esprit, est là. Il suffirait seulement que tu les accueilles telles qu’elles sont. Pourquoi te dis-je tout ça ? Parce que tu n’écoutes que la voix la plus facile à entendre.’

À qui parles-tu encore ? m’interroge le monstre en grognant légèrement contre le piano que j’avais laissé de côté.

– Je ne sais pas vraiment, dis-je.

J’ai cette fois-ci un verre de vin rouge entre les mains. Je le goûte : il est bon.

La bête pose une puissante patte sur mon épaule, ce qui me déséquilibre et manque de peu de me renverser de la chaise. Cela ne lui pose aucun problème, bien au contraire il en rit. Le ton grave de sa voix resonne dans ce lieu mental.

– Ça fait combien de temps que l’on se connait toi et moi ? me demande le monstre sans attendre de réponse. Suffisamment longtemps pour que tu te décides enfin de venir avec moi.

Il s’éloigne et regarde les objets posés sur une étagère. Ce sont les souvenirs que j’ai de mon autre vie, celle d’avant les galères. Ce qui reste de mon existence avant ce jour fatidique où tout a basculé. Ce jour où j’ai dû fuir loin de tout ce(ux) que j’aime.

Tel un gros chat, il s’approche avant de pousser lentement une statuette dans le vide. Celle-ci tombe, se fracasse en plusieurs morceaux. Il s’esclaffe à nouveau.

– C’est malin, lancé-je. Tu sais bien que je peux tout remettre comme avant.

Aussitôt dit, les fragments de la figurine, représentant un loup, se recollent les uns avec les autres. La sculpture s’envole puis retrouve sa place d’origine.

– Je le sais bien, répond-t-il.

Il s’évapore dans une trainée noire avant de ressurgir devant moi.

– Alors ? Quelle est ta réponse ? me demande-t-il, fixant ses yeux jaunes dans les miens.

Je n’aime pas quand il fait ça. Je me sens traversé par son regard.

– Laisse-moi plus de temps… j’ai confiance en la cape. Elle me ramènera chez moi.

Il émet un son de mécontentement, ce qui fait vibrer légèrement la pièce.

– Très bien, lance-t-il. Mais… n’attends pas trop ! Plus tu t’attardes et plus il est difficile de rentrer chez toi. Un jour, elle viendra te voir et prononcera ton nom. Et alors, tout sera fini.

Une peur surgit au plus profond de mes entrailles. Il la sent, la renifle, fait claquer sa langue entre ses crocs. Ça le met en appétit.

– Qui ça ? osé-je demander.

– La sorcière….

Soudain, je me réveille.

Il disparait.

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