\\ Le Vagabond \\


\\ L’Astéroïde \\

Une étoile brille toujours pour quelqu’un.

Combien de fois avais-je entendu cette phrase ? Je ne le savais pas. Suffisamment pour qu’elle me revînt en tête à cet instant. Mais j’avais beau avoir grandi, être devenu un homme, avoir la possibilité d’admirer d’un peu plus haut ces astres brûler au-dessus de moi, je n’étais toujours pas assez haut pour pouvoir les décrocher du bout de mes doigts. J’aurais pourtant tant aimé les prendre une par une dans le creux de ma main, les secouer doucement, avant de leur demander dans un murmure si elles brillaient pour moi. Poser la même question à chacune de ces milliers de milliards de ces petites lumières, suspendues dans la couche céleste, ne me faisait pas peur. J’aurais pris tout mon temps pour trouver la mienne et lui demander d’exaucer mon vœu le plus précieux : celui de rentrer chez moi.

La nuit ne pouvait pas être mieux dégagée que maintenant sur cet astéroïde situé à la frontière de la ceinture glaciale de Jalio, paraît-il. Il y avait du beau monde sur ce petit corps céleste aménagé en station spatiale. Suffisamment pour que la cape décida par elle-même de se matérialiser en bure, un tissu de laine assez grossier équipé d’une grosse capuche, pour me cacher. Vert, naturellement. Sur la Terre, on m’aurait pris pour un moine. Ici, un jedi. Enfin, s’ils connaissaient… probablement pas. Un homme ? non plus.

Cela me fit penser à ma condition humaine et j’oubliai d’écrire sur mon arrivée catastrophique : j’avais atterri en manquant d’air. Forcément, il n’y avait pas d’oxygène sur ce caillou volant. Heureusement, la cape a su une fois encore s’adapter en me créant une sorte de bulle tout autour de mon corps à l’aide de mince fils qui, par leurs mouvements, créèrent de l’air. Ne me demandez pas comment, je n’en sus pas plus. C’était indescriptible et surtout irréalisable. Mais si vous vous étonnez de ce qui m’arrive qu’à partir de maintenant, je vous en tire ma capuche…

J’explorais les lieux, entouré d’une centaine de vaisseaux de formes et de toutes tailles. Certains, magnifiques, me laissaient bouche bée et faisaient naître en moi une envie d’embarquer dans l’un d’entre eux. J’avais toujours été fasciné par l’infini sidéral nous entourant. Petit, ma mère m’achetait chaque semaine chez le marchand de journaux un magazine sur le thème de l’astronomie.  C’était une collection spéciale et chaque numéro avait toujours sa cassette. Je passais alors des heures à les diffuser, me laissant emporté par la voix grave du commentateur dans l’exploration de notre système solaire. Ma mère… sa bouille d’amour me manquait. 

Je cessai subitement mes rêveries. Je faillis me cogner contre le dos d’une brute épaisse rouge de trois mètres de haut, fait de muscles et de muscles. Il ressemblait à un colosse né par et pour la guerre. Sûr qu’il m’aurait tué sur le champ. Il fallait que je fasse attention.

Des cargaisons étaient disposées ici et là, remplies de cristaux jaunes qui scintillaient comme des pierres précieuses. Elles semblèrent dangereuses. Seuls certains, vêtus d’une combinaison spéciale censée les protéger, les maniaient avec précaution avec des sortes de pelles. Ils faisaient glisser les minéraux dans les astronefs. Je compris que c’était ce qui permettait aux véhicules de voler. De l’essence-qui-brillait. C’était joli…

Quelque chose clignotait plus loin. Une enseigne au-dessus d’une base construite. Sans doute un endroit de repos. Poussé par ma curiosité, j’y allai.

Une fois entré, je fus pris par une odeur nauséabonde. Ça ne sentait pas la fleur. Était-ce la cuisine ? Car, oui, c’était un bar-restaurant. Je m’installai au comptoir fait de métal-cuivre. Enfin je croyais. Un ectoplasme ressemblant à une cellule organique géante me demanda ce que je souhaitais boire (je comprenais toujours ce qu’on me disait par le traducteur universel qu’était ma cape). Ne sachant pas vraiment ce qui était habituellement servi dans ce genre d’endroits, je lui demandai sa spécialité. Elle (la cellule) me servit un… ‘shm’at’. C’était tout marron et visqueux. Je sus d’où venait l’odeur. Il était certain que je n’allais pas boire ça mais, surtout, comment j’allais payer le serveur ? Ici Aussi, il existait une monnaie pour tout. J’en avais vu passer entre plusieurs individus : des pièces rondes avec un trou dedans.

On s’installa à côté de moi. C’était rose avec une voix très grave. Plus petit que moi mais qui flottait. Trois jambes, deux bras, avec des membres plus transparents au bout. C’était assez joli à voir. Le vert de ma tenue attira ses quatre yeux gris.

– Z’êtes pas de cette galaxie vous, non ? me demanda-t-il en tentant de regarder sous ma capuche.

– Tout à fait, répondis-je en me dissimulant de mon mieux.

L’extraterrestre me contemplait du haut en bas. Visiblement je le fascinais.

– Z’avez un drôle de truc autour de vous, dit-il intrigué. Z’a bouge…

– Oui, c’est pour me protéger de la lumière, mentai-je. C’est pour ça que je me découvre pas.

– Ze comprends. Z’ai connu une ez’pèce qui ne vivait que dans l’obz’curité… Z’êtes d’où ?

Devais-je dire la vérité alors que je lui avais raconté une bêtise ? Mon envie de récolter le moindre indice pour rentrer à la maison était plus fort que tout…

– De la Terre… vous connaissez ? Un système avec un seul soleil, quelques planètes autour. Une planète avec de l’océan, de la terre… ?

Il réfléchit un long moment.

– Non… Ze connais pas. Pourtant z’en ai visité des contrées lontaines ! Z’ai zept cent z’ans !

– Vous ne les faîtes pas…

– Oh merci ! Oh mais ze vois que vous z’avez pris un z’hmat !

– Oui mais je le boirai pas… vous le voulez ?

– Oh z’est gentil oui !

Mais alors que je lui passai ma boisson puante et qu’il l’avala d’une traite, une puissante déflagration me percèrent les tympans. Tout le monde sursauta. A peine me retournai-je que je vis d’immenses flammes jaunes s’approcher de nous à toute vitesse. Je réalisai que je n’aurai pas le temps de me téléporter. Mon tissu se défit de moi avec une rapidité étonnante pour s’envoler et former devant moi un grand mur solide. La cape avait beau être magique, elle ne pouvait pas me transporter ailleurs toute seule.  Je savais d’avance qu’elle ne pourrait pas contrer l’explosion et que j’étais foutu. Finalement, mon départ allait être aussi désastreux que mon arrivée.

Avec du recul, je me demandais si la catastrophe n’avait pas pour origine les cristaux. Était-ce un incident ? Un attentat ? Je ne le saurai jamais.

Je n’eus que le temps de voir une lumière bleue au loin puis plus rien.

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