La science du cœur (3)

L

(1) (2)

Je me retrouve dans un faisceau de petites lumières formant une sorte de tunnel à taille humaine. Je crois marcher mais je flotte, comme suspendu dans un liquide invisible. Je vois défiler à travers mes yeux écarquillés des couleurs aux morceaux d’étoiles tandis que je mange malgré moi des sons qui s’amplifient dans mon estomac. J’ai de la musique entre mes doigts. Quand je les bouge, cela dégage de la chaleur. Quand je les ferme, ça vibre de plus en plus fort puis ça se calme. Quand je les ouvre, elles brillent. Tout est si bizarre. Si merveilleux.

Je ne m’attendais pas du tout à ça. La machine devait uniquement m’aider à transposer les pensées de mon cœur directement sur le papier, sans que l’esprit s’en mêle et dénature le travail de mon palpitant saignant. Je n’avais fait que mettre le casque relié à ma création et tenir un stylo dans ma main, prêt à écrire. Au lieu de ça, me voilà téléporté dans ce drôle d’endroit…

Je remarque une ombre à l’autre bout sans que je puisse dire si elle était là ou si elle vient d’apparaître. Je ne sais pas quoi faire. Je devrais avoir peur mais je me sens étonnement calme, convaincu qu’aucun danger ne me menace. Je sens une pensée me dire qu’ici on ne me veut que du bien.

J’ose faire un pas. La silhouette en fait un également vers moi, de la même façon. Je lève un bras, elle lève un bras. Le même que le mien. Je comprends qu’elle m’imite. Je m’avance encore. Elle fait pareil. Je continue mon chemin et la forme mystérieuse également. Elle est maintenant assez près pour que je puisse la discerner. Je la connais : c’est moi.

Je nous tends la main et je nous vois la prendre… je nous sens enfin moi.

Ma tête tourne. Je me vois tomber. J’ouvre mes yeux mais ils étaient déjà ouverts. Le casque a grillé. La machine a explosé. Je suis dans le salon et mes invités pleurent. Je leur lance un regard interrogateur. Ils me tendent une feuille. J’avais écrit.

Je lis son contenu.

Je pleure à mon tour.

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

Je suis aussi ici