La science du cœur (2)

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Il m’a fallu des années d’études pour saisir ne serait-ce qu’un tout petit peu cette science si spéciale : celle du cœur. Il ne s’agit pas d’analyser l’organe sur son plan physique mais de se pencher plus longuement sur son langage.

Oui, le cœur parle. J’ai eu beaucoup de mal à le croire et, pourtant, des praticiens m’ont montré que pour se rapprocher le plus de ce qu’on à l’esprit, il faut aller au cœur. Il existe en cet endroit une formidable magie qui s’opère en chacun de nous et malgré nous. C’est minime, impossible de percevoir à l’oreille. Il faut aller chercher à l’instinct, se concentrer sur l’état brut de nos ressentis, et là, là, on saisit. On comprend que notre langage vient d’abord de là, de cette source. L’esprit n’intervient qu’en second temps pour reprendre le relais. Et alors tout se gâte : il prend la matière première humaine et la travaille autant de fois que nécessaire pour nous la ressortir en mots. Ça ne va pas. Il faut pouvoir prendre tout de suite ce que notre cœur a à nous donner, et pouvoir le montrer aux autres.

Aujourd’hui, j’allais leur montrer. Ma machine était enfin prête. Elle prenait un peu de place dans mon salon, et mes invités se sont fichus de moi quand je leur ai indiqué à quoi elle servait. D’accord, elle n’était pas très jolie, ni même très pratique, mais elle existait et allait marcher.

Elle ressemblait à une machine à laver bizarre mais c’était une machine à pensées. Elle allait extraire directement ce que pense le cœur, direct, sans passer par tout ce cirque que mettait en place la tête. J’allais plonger mes mains dans mon palpitant, le secouer dans tous les sens, et extirper tout ce qu’il a dedans. Et si ça doit être le bordel… tant pis !

Allons-y.

 

 

 

 

 

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Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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