La science du cœur (1)

L

De la pensée à l’écriture, quelques secondes peuvent suffire entre ces deux phases. Pourtant, même dans un temps aussi court, un cheminement mental se met en œuvre. Notre cerveau s’actionne, va chercher dans ses réserves les mots qui lui semblent au plus près de notre langage primaire. Comme si nous tendions la main, et que, dans le même temps, un nous intérieur allait courir à la source, gratter la roche de nos concepts, prendre le morceau de pierre qui, à ses yeux, est le plus satisfaisant puis revenir pour nous le remettre. Sauf, qu’entre-temps, durant son retour, la pierre a été travaillée de sorte qu’elle soit bien plane et lisse.

C’est pour moi tellement insatisfaisant. Non… frustrant ! Comment matérialiser ce que j’ai au plus profond de moi, si, sur le papier, les mots qui s’alignent n’en sont que polis, conformes au normes d’un modèle unique de la pensée humaine ? Ce que j’ai au plus profond de mes entrailles ne ressemble en rien à ce que j’ai sur ma feuille. J’ai dans mon sang une substance en perpétuel mouvement, qui me forme, me déforme, me réforme. Je veux des mots non taillés, qui m’abiment la vue dans leur lecture, qui m’arrachent la gorge dans leur prononciation. Je veux des caractères, des couleurs, des odeurs, des angles morts, des creux, des reliefs ! Je veux les vivre.

 Il me faut trouver une solution. M’affranchir des barrières du langage…

J’en ai vu certains, tout aussi conscients que moi des limites que nous nous imposons à nous-mêmes,  s’exprimer dans des états seconds, allant de l’alcool à la drogue, de la fatigue à la maladie. Ce qui semble les approcher le plus de la source est la démence.

La source… justement. Comment l’atteindre ? Ces gens tentent, et ils ont raison, avec tous les moyens du bord. Mais je les vois encore. Ces limites. Celles qui ne veulent toujours pas cédées. Elles sont bien là, elles me narguent, elles rigolent entre elles. Moi, je veux une autoroute fluviale en ligne droite entre mon être et le papier. Il me faut du torrent, que ça gicle à tout va, que tout se noie dans l’eau de mon cœur, et moi avec. Je ne veux pas finir avec une eau traitée enfermée dans une bouteille en plastique.

On m’a parlé d’une science spéciale. Il me faut l’étudier.

(…)

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Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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