La pièce blanche

L

C’était blanc. Tout blanc. Voilà tout ce que je pouvais dire de la pièce dans laquelle j’étais enfermé. Je ne pouvais y faire que trois pas. Frapper contre les murs ne me renvoyait aucun bruit.

Cherchant un moyen de sortir, je me mis à penser tout haut mais je n’entendis pas ma voix. Surpris, je lançai un mot au hasard mais plus fort. Toujours pas de son. Crier, hurler, ne changea rien. Tout n’était que vacarme d’un silence omniprésent.

Si l’angoisse m’habitait jusque là, la panique s’empara de moi. Je me mis à trembler à en faire claquer les os. Les larmes brouillèrent mes yeux qui se tournaient dans tous les sens. J’étais prisonnier dans une pièce blanche où je ne pouvais plus entendre.

J’étouffais. Je me sentais au bord de l’asphyxie. Dans un geste de survie, je m’accroupis, fermai les yeux, puis chercha à calmer mon coeur qui frappait puissamment dans ma poitrine. Je me mis à inspirer longuement l’air de la pièce avant de l’expirer de la même façon.

J’étais moins agité. Plus étonnant encore, j’étais devenu calme. Trop, même. Quelque chose, logé au plus profond de moi, s’était mis en œuvre. Je sentis des picotements au bout de mes doigts puis, très vite, mes mains me chauffèrent. La chaleur me traversa de part et d’autre.

Je me mis à fredonner une musique mais ce n’était plus ma voix. Ce n’était plus humain. Et j’entendais, cette fois-ci. Sans le vouloir, je me remis debout et commençai à bouger lentement les bras et les jambes dans un rythme anarchique.

Les mouvements s’accélèrent. Je ne contrôlais plus rien. Je regardais mon corps en mode pilotage automatique…  je dansais ! Et je m’étais mis à pianoter plus fort, plus haut. Je n’avais plus peur. J’avais chaud et c’était bon. J’étais… bien.

Le son qui sortait de ma gorge était magnifique. Je me mis à tourner, à sauter, comme si les murs, pourtant si près, n’existaient pas. Je lançais mes plus beaux sourires et mon regard n’avait jamais été aussi vif. Je me sentais… vivre.

De la couleur se degagea de mon corps. Comme de la fumée. Bleu-rose. J’en ris. Je me fichais de tout. Je ne voulais que rien ne s’arrête. J’étais devenu ma propre boîte de nuit mais en plein jour. Dansez, pieds ! Et mains, agitez-vous ! Concert improvisé à l’instinct, les gars !

Je ne sus jamais ce qui s’était alors passé, ni même combien de temps je fus dans cet état, complètement transi. Quand je revins à moi, la pièce blanche avait disparu.

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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