20. D’un calme sauvage

2

Attention, cette publication contient la suite d'une histoire ! Si vous n'avez pas lu les chapitres précédents cliquez ici.
Pour ne pas vous faire divulgâcher l’histoire de Les Vies d’Estelle(s), parcourez l’onglet Des Histoires dans le menu ou cliquez directement ici.

Dans un temps difficilement cernable, il faisait gris. Il suffisait de lever la tête et de regarder par la grande baie vitrée de la grande pièce du grand appartement de la grande tour de la grande ville pour s’en apercevoir. Aucune lumière ne venait traverser la pièce, si bien que tout était triste, tout était fade. Il faisait si mauvais, il faisait si froid.

Le manque de chaleur était tel que même le chauffage, pourtant poussé à son maximum, ne parvenait pas à réchauffer Estelle Zu, à moins que cela soit elle seule qui se sentait toute glacée.

Toujours assise devant son grand piano luxueux,  la jeune et belle femme glissait ses douces mains sur les touches blanches et noires de son instrument. Elle était d’un calme sauvage.

Elle sentait dans la chambre de son cœur que c’était son heure.

‘ ,

Elle avait su voir les indices sur son chemin.

‘    ‘     ,       ‘

Elle avait su les interpréter.

‘       ,       ,       ‘

Son calme fut d’autant plus effrayant lors qu’un homme pénétra dans la pièce, une lame dans la main. Elle ne s’arrête pas de jouer.

,    ,   ‘     ‘    ‘   ,

Elle ne s’étonna pas que cet homme était celui qui couchait avec elle dans la boutique.

‘ ‘ ‘ , , ‘ ,

Elle l’avait reconnu à son parfum avant même de le voir.

,       ‘     ‘   ,    ,

Ses yeux de ténèbres avaient croisé ses yeux d’océan.

,       ‘         ‘     ,     ‘

Leurs regards échangèrent bien plus de choses que des mots.

‘     ,    ,

, ‘   ‘   ,    ‘   ,

Elle aurait souhaité un silence éternel. Mais il fallait parler.

Et il commença.

– Tu n’es pas surprise ? demanda l’homme, d’une voix très douce.

‘     ,    ,

, ‘   ‘   ,    ‘   ,

Elle sourit.

– Pas le moindre de ce monde.

‘      ,     ‘    ,

‘       , , ,    ‘     ‘   ‘

‘    ,

‘ ‘  ,,,        ‘  ‘ ‘ ‘    ,   ‘

Il fut abasourdi. Il ne s’attendait absolument pas à cette réponse. Lui qui était si prévoyant, qui avait réfléchi à toutes les hypothèses possibles. Comment aurait-elle pu… ? Il s’arrêta soudainement de penser.

Il écoutait la musique. Il la connaissait.

‘      ,     ‘    ,

‘       , , ,    ‘     ‘   ‘

‘    ,

‘ ‘  ,,,        ‘  ‘ ‘ ‘    ,   ‘

Il reprit la parole.

– Comment tu peux…

– Savoir ? l’interrompit-elle, sans aucun trouble. Je sais sans le savoir. Je regarde souvent la ville. Depuis la mort de l’une de nos premières existences, je vois des choses étranges. Des lumières changent de couleur. Des voitures se brouillent. Des bâtiments se tordent. Même des passants disparaissent. C’était tout d’abord subtile… à peine perceptible. Cela durait moins d’une seconde. J’avais cru que c’était juste de la fatigue, liée au contrecoup du décès d’Estelle Dumet. Mais ces évènements se sont répétés, amplifiés, jusqu’à ce que cela soit même impossible de ne pas les voir. Personne d’autre que moi ne les voit. Pas même mes autres vies. Je n’ai jamais réussi. Je pouvais avec elle(s) de tout sauf de ça.

‘, ‘ , ‘, ‘, ,,      »’ ‘       »  ‘ 

  ,           , ‘ ‘          ‘  ,

‘   » ‘  , , , ,  » ‘,’,’, ,,,,,  »’  ‘,

‘            ,      ‘ ,,,          ‘

,                           ,

– J’ai compris que ces anomalies étaient l’œuvre d’une force extérieure. Ce que je crois voir n’est pas ce que je crois. J’ai compris depuis un moment que nous ne menions pas nos vies… c’est en réalité, toi, qui les mène.

‘ ,, ‘       ,

‘ ,              ,           ‘ ,    ‘

‘                  ,       ‘   »        ,   ‘

,,         ‘

                                   ‘ , ,, ‘

L’homme fut complètement interdit. Il était même un peu pâle malgré sa couleur de peau. Il ne savait pas quoi dire.

Estelle reprit.

– J’ai senti que tu ne dormais pas avec moi uniquement pour mon corps. Il y avait une histoire. Je l’ai perçu dans chacun de mes êtres mais bien plus dans celui-ci. Si tu mets fin à chacune de mes vies, c’est parce que tu tiens à nous…

Elle s’arrêta.

– … ou devrais-je dire… à moi.

Un silence s’était installé, alors que tous deux se regardaient mutuellement.

Estelle s’était levée. Des larmes coulaient de ses yeux mais elle ne pleurait pas pour le sort que l’homme lui réservait. C’étaient en réalité des larmes de joie. Son morceau était achevé.

Elle se rapprocha lentement de lui. L’homme allait parler mais elle lui mit un doigt sur sa bouche.

– Ne dis rien. Je sais que tu ne peux pas. J’ai en moi l’écho de tes tentatives. Je ne dois pas tout savoir. Révéler c’est échouer. Je devine malgré tout ce que tu as fait et ce qu’il te reste à accomplir. Je ne sais pas vraiment qui tu es mais tout ce que tu fais pour moi montre que tu es quelqu’un… exceptionnel.

Elle le regarda de la tête aux pieds. Il tremblait. Elle le prit dans ses bras. C’était si bon chaud. C’était si chaud. Elle sentait les rayons d’une lumière émanant d’une nuit.

– Fais ce que tu as à faire… lui murmura-t-elle dans le creux de son oreille.

Elle sentit la lame la transpercer dans sa poitrine.

Au bout de ses doigts, vivait un autre monde.

Elle s’effondra.

L’homme, en pleurs, se jeta contre la baie vitrée qui se brisa en morceaux, avant de chuter une nouvelle fois.

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des nouvelles, des poèmes.

Je suis aussi ici