11. Panique aux bords

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Les jours passèrent lentement et difficilement. Estelle(s) ne savai(en)t plus bien comment vivre.

Il faut dire qu’elle(s) avai(en)t de quoi être troublée(s). La vie d’une Estelle avait été arrachée par un meurtrier aussi bien inconnu que lâche, et voilà maintenant qu’une autre Estelle avait fait son apparition… sans que cette dernière ne soit liée aux autres.

Ces liens étaient énigmatiques et le devenaient encore plus. Estelle n’a(ont) jamais su qui elle(s) étai(en)t vraiment.

Elle a toujours mené une existence à plusieurs existences. Décrire sa vie au jour le jour était compliquée. Pour bien commencer, il faudrait d’abord décrire ses vies.

Oui, comment expliquer qu’Estelle avait depuis toujours habité sept corps situés dans sept mondes quasiment identiques ? Que ces corps, faits de chair et de sang comme n’importe quelle autre personne, partageaient pourtant une seule conscience ? Une conscience unique mais avec, pour chaque Estelle, quelques traits de personnalités, d’émotions et de compétences qui lui étaient propres ?

Estelle était unique mais multiple. Elle se savait différente des autres mais elle sentait au plus profond de ses elles qu’elle appartenait à l’espèce humaine. Elle était même sept fois plus humaine puisqu’elles riaient, criaient et pleuraient sept fois plus. Elles pouvaient, dans un même instant, narrer, soigner, amuser, interpréter, jouer, baiser et plaider. C’était simple : elle vivait sept fois que n’importe qui en ces mondes.

Elle(s) avai(en)t toujours bien vécu comme ça jusqu’au jour où on tua Estelle Dumet. Désormais, elle/s avai(en)t peur. C’était la panique aux bords. Elle(s) ne faisai(en)t plus bien comme il fallait dans leurs existences. Elle(s étai(en)t depuis toujours sur la défensive, à épier, à se retourner sans cesse. Elles étai(en)t devenue(s) paranoïaque(s). Elles travaillai(en)t moins bien. Bref : elle(s) ne vivai(en)t plus.

Curieusement, celle qui n’avait pas de nom, qui vivait au plus près de sa sexualité, semblait moins atteinte que les autres.

Peut-être parce que son existence, liée au plaisir et au désir, ne craignait pas le contact.

Ou peut-être parce qu’elle voyait depuis peu un homme brun aux yeux noirs qui lui plaisait beaucoup.

Par Enrím

Enrím

Né à Paris en 1990, il paraît que je sens bon la forêt sauvage. Je travaille dans le monde du droit mais j'aime bien passer mon temps libre dans le monde tordu de l'imaginaire pour en arracher des pensées, des histoires, des notes, des poèmes.

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