Le rythme du diable

Le soleil tentait tant bien que mal de me caresser la joue du bout de ses rayons… en vain.

Même le jour n’arrivait plus à dissimuler les ténèbres qui dansaient en moi, à l’unisson, sous cette mélodie en boucle. Je ne percevais que les spectres sombres, ces silhouettes déguisées sous des costumes cousus dans de véritables morceaux d’abysses. Ils me fixaient de leurs yeux intensément vides, me tendaient leurs mains froides pour que je me joigne à eux. Plus le temps passait, plus leurs festivités m’attiraient.

Qu’il serait bon de se laisser emporter sous le rythme du diable, pensais-je. Mes doigts glisseraient dans le creux de quelques reins, ma langue s’inviterait entre quelques lèvres dociles, et mes soucis ainsi que mes colères s’envoleraient aussitôt. Il ne resterait que mes envies, mes pulsions et mes fantasmes dans un corps débarrassé de toutes contraintes. Sans blessures ni brûlures, juste le soir et moi.

Pourtant, quelque part, quelque chose me retenait. Ça ne voulait pas me laisser partir, ça ne voulait me laisser m’amuser. Ca s’agrippait dans le peu qu’il me restait de raison.

« N’y va pas », ça me disait.

« C’est la fête de ta défaite ».

Et dans cet entre-deux, je cherchais la noirceur du ciel pour pouvoir être guidé par les étoiles.

De retour dans la nuit, la voix ne me quitte plus. Elle est là, connectée dans mes neurones, alimentée par mon cœur. Elle m’hurle par murmures de ne pas franchir la muraille, de rester là où je peux la lumière dans les ténèbres.

« Sans astres, désastre », me répétait-elle.

« Il faut les deux pour être heureux ».

Maintenant j’ai compris que je suis resté pour me rejoindre, entre le pavé rouge et les nuages bleus, le crépuscule et l’aube, la haine et l’amour. Qu’il n’existait ni mauvais ni bon côté, juste moi et moi, mes sentiments fusionnels divergents, ainsi que le dessus de ma tête comme seule couverture.

Depuis que j’ai accepté la noirceur du ciel entre les étoiles, j’ai compris que la voix n’était nulle autre que toi.

Et je crois que pour la première fois depuis longtemps, je souris.

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