L’auteur

Avec de véritables morceaux de poils dedans, l’auteur sentirait bon la forêt sauvage (d’après son entourage).

Amateur d’histoires depuis louveteau, ses préférées sont celles qui ne sont ni véritablement fictives ni entièrement réelles, et qui tombent -pour son plus grand plaisir- dans cet abîme d’entre-deux.

Le lecteur, tombé sans s’en rendre compte dans ces profondeurs, aura beau être le plus éclairé possible, ne saura jamais distinguer le vrai du faux, et touchera du bout des doigts, dans la confusion la plus totale, les contours flous et obscurs de la narration de son piégeur jusqu’à la fin.

Il est raconté partout depuis toujours que l’auteur, très -très- sadique, chercherait à reproduire la même situation chez son propre lecteur qui hésiterait assez longuement avant de parcourir son imaginaire.

Il est aussi murmuré entre les arbres que l’auteur aimerait publier un jour -ou une nuit- un roman qui se nommerait Rakuen. En entendant, l’auteur s’entraînerait en écrivant sur des carnets à l’aide d’un crayon broyé entre ses grosses pattes velues.

Consacrant une bonne partie de ses occupations à décortiquer les règles compliquées des humains, le lecteur, d’une nature bienveillante, sait naturellement pardonner l’auteur si les publications de ce dernier sont irrégulières voire pas aussi qualitatives qu’il souhaiterait.

L’auteur informe cependant son lecteur que l’an deux mil dix-neuf et l’an deux-mil vingt seront consacrés à Estelle, une femme menant plusieurs vies (littéralement) et, s’il est très motivé -rien n’est moins sûr- à un vagabond des Limbes, un homme s’aventurant de monde en monde à l’aide d’une étrange cape magique. La poésie pointera également de temps en temps le bout de son nez.

L’auteur attire cependant l’attention du lecteur, qui parcourrait ces lignes à l’an deux mil vingt-et-un, que si aucune nouvelle histoire n’a été annoncée pour son année, c’est que l’auteur serait soit porté disparu, soit mort, ou pire juste très en retard.

On dit enfin dans les chaumières lointaines que l’auteur serait très friand de ces gourmandises nommées « commentaires », et qu’il répondrait au lecteur si ce dernier l’appelait dans un coin très précis de la forêt, lorsque la lune est pleine et blanche, ou bien encore ici.