La manufacture des rêves

– T’aimes bien la soirée ?

– Ouais mais la musique me gave un peu…

– Ça te dit qu’on prenne l’air ?

Je n’ai pas le temps de répondre qu’il me prend la main. La chaleur de ses doigts me donne le frisson. Il m’emmène.

La courbe de son dos m’invite à le toucher mais je me retiens. Cet homme m’envoûte. Je ne sais si ce sont ses cheveux bruns ou ses pieds qui volent au dessus de la piste de danse. On dirait que son pas est un sourire. Son parfum doux me cueille. J’ai le coeur en décalé avant. Il s’écoule une seconde et un siècle. Soudain, le dehors.

Le vrai luxe c’est le silence. Les étoiles nous allument, nous mettent en lumière. Sur la scène, lui, moi et la lune qui nous espionne en secret. Il remonte d’un mouvement d’épaule son manteau comme pour se protéger. Un bouclier de laine. La neige tombe sur son visage blanc mais c’est mon coeur qui fond. Son corps s’illumine de l’intérieur. Le doux bleu de ses yeux fait tomber mes dernières barrières. Je m’approche puis attrape ses lèvres. Elles ont le goût d’un bonheur retrouvé. Il m’embrasse à son tour, donne sa bouche et prolonge cette sentation qui me remplit.

– C’est l’heure ! me dit une voix, qui semble tomber directement du ciel.

Tout se casse la gueule. Mon homme fond en goudron jusqu’aux genoux. Je crie.

– Non ! Encore un peu !

Pas de réponse. Le temps se dissout dans mon sang.

Tout s’efface…

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