Dans le monde du dehors (note n°3)

 « Je ne pensais pas du tout que ma qualité de juriste serait utile dans un pays où tout pouvoir s’est effondré aussitôt que tout le reste. Il n’y a plus de gouvernement, plus de policiers, plus rien. Personne pour nous dire quoi faire. Il y a seulement nous et le silence. Des survivants errent sûrement pas loin mais on ne peut pas s’occuper de tout le monde. Mais très vite dans la Grotte, un homme, Seb, a su prendre les rennes. Il a une sacré autorité naturelle. Yann, le plus costaud de tout le groupe, était à ses côtés, le revolver jamais loin de lui. Après avoir fait une description sommaire de chaque membre -vingt-huit femmes, vingt-deux hommes et trois enfants dont un bébé ainsi qu’un adolescent de seize ans); Seb est venu rapidement me voir. Il m’avait alors fixé de ses yeux verts intenses, posé une main puissante sur mon épaule puis m’avait déclaré de façon très solennelle qu’il avait besoin de moi. Que je devais impérativement mettre en place des règles sinon on n’allait pas survivre longtemps. Je lui avais répondu de me laisser une journée pour y réfléchir. Le lendemain, j’avais gribouillé sur une feuille que vous m’avez gentiment passé de votre carnet. Je lui avais alors proposé de mettre en place trois groupes: un premier pour proposer les décisions, un deuxième pour les voter ou non, et un troisième pour les exécuter. Le jour-même, on décida de mettre en place des élections à la majorité simple faite à main levée. Tout le monde avait le droit de voter sauf les enfants. On avait accepté la participation de l’adolescent. Sans trop attendre, Seb ainsi qu’Isabelle avaient été nommés « dirigeants ». Cinq autres personnes avaient été élus au « Conseil ». Et, enfin, quatre hommes ont été chargés d’assurer la sécurité et la protection. En hésitant à peu, on s’était dit que « L’ordre » sonnait plutôt pas mal. Enfin, il avait été aussi soufflé par quelqu’un du groupe de mettre en place un « Juge » pour résoudre les conflits et, tout le monde connaissant mes fonctions passées, j’ai été naturellement nommé à ce poste. La situation me faisait un peu rire, les gens étaient confiants alors que le système comportait énormément de failles et qu’il suffisait d’un rien pour tout renverser. Ils pensaient qu’on allait s’en sortir, que tout ça n’était que du provisoire… cela fait maintenant quatre mois qu’on est là, dans ce trou, avec un soupçon de contrat social qu’un rien fera disparaître. »

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