Dans le monde du dehors (note n°2)

« ‘La Grotte’ -comme ils aiment la nommer- est bien plus qu’un simple trou sous un rocher. C’est un premier tunnel qui se jette dans un deuxième tunnel se jetant à son tour dans plusieurs autres tunnels. Un ensemble de passages souterrains. Plus ou moins sûrs. Il y a deux semaines, j’ai vu une jeune femme se balader dans l’un de ces sombres passages… avant qu’un éboulement n’ait eu raison d’elle. Dommage. Je l’aimais bien cette petite… elle me rappelait ma nièce, Annie. Je ne sais d’ailleurs pas ce qu’elle devenue. Ni le reste de ma famille. Quand cette étrange lumière s’est abattue sur nous, j’ai juste eu le temps de prendre ma femme et de la plaquer contre-moi en dessous de la table du salon. La maison avait été secouée dans tous les sens, on avait tous les deux le cœur au bord des lèvres. Tout s’écroulait autour de nous, on avait cru que c’en était fini de nous. Après d’interminables minutes, quand ça s’est arrêté, on était pourtant encore en vie… la table avait bien tenue -dire que je ne la voulais pas – ! J’avais été coupé assez profondément au bras gauche -il me fait toujours un peu mal d’ailleurs malgré les soins- mais on pouvait s’estimer heureux d’être encore là. Sans trop chercher à comprendre la raison de cette catastrophe, on avait tous les deux été pris à l’instinct et on avait récupéré tout ce qu’on avait pu: un caleçon par ci, une bouteille d’eau par-là, un paquet de gâteaux de ce côté, une boîte d’aspirine de l’autre… tout ce qui aurait pu prolonger un peu notre survie. On avait mis l’ensemble dans une valise à moitié cassée qu’on avait retrouvé. Ensuite, on avait osé regarder en l’air, et, en voyant ce ciel orange à la limite du rouge à travers le toit, puis l’air qui nous rongeait les poumons, on avait compris que ça ne touchait pas que notre ville. Que c’était beaucoup plus grave. En passant la porte -du moins de ce qu’il en restait- on a réalisé que nos voisins avaient pas eu la même chance que nous: leurs domiciles étaient en ruines. Nous, au moins, il restait des fondements encore debout et on n’avait pas de premier étage. Il faut croire que tout doit tomber et toujours par le haut. Même dans la Grotte, considérée comme un abri, il y a des tunnels qui s’effondrent sur la tête des jeunes femmes. »

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