7 – Un coup d’œil à sa robe

Vêtue d’un tailleur chic, Estelle glissa une main dans ses cheveux coupés au carré tout en tapant sur son clavier quelques mots supplémentaires dans ses conclusions en réplique.

Le dossier, d’une nature relativement complexe, lui prenait beaucoup de temps, si bien qu’elle y travaillait encore lorsque les premiers rayons du soleil rentrèrent dans son cabinet et illuminèrent son visage pâle. Il prenait également pas mal de place sur son bureau pourtant grand. Fourni de quelques centaines de pages séparées ici et là par quelques chemises, il était inscrit sur la pochette cartonnée « Plaidé par Maître Vanniere ».

Le droit était pour elle un domaine unique. Il fallait savoir arranger les faits, arriver à convaincre que telle situation rentrait plus dans cette qualification plutôt qu’une autre, pour que s’appliquent ou soient écartés les effets de telle loi ou de telle jurisprudence, quitte à ce que cela ne corresponde pas vraiment à la réalité.

Cernée, elle s’étira longuement, bailla puis se leva. Elle jeta un coup d’œil à sa robe d’avocat accrochée au porte-manteau avant de pencher à la fenêtre entrouverte. L’air frais du matin la réveilla un peu mais ne l’empêcha pas de se laisser glisser dans ses rêveries.

Paris se réveillait doucement. Quelques passants s’animaient, un promenant son chien, un autre buvant son café en terrasse. Elle ne voulait pas vivre ailleurs. Elle n’en aurait été de toute façon incapable. Quelque chose la retenait ici. Ce qu’elle aimait par-dessus tout dans cette ville ce n’était pas sa mode, son romantisme, sa cuisine, son architecture… c’était la vie. Les vies.

Elle pensa soudainement à la Propulsion dans cette existence. Celle-ci était tombée au plus mauvais moment… en pleine plaidoirie ! Un de ses confrères lui annonça un peu plus tard qu’elle était devenue plus blanche qu’à son habitude, que son regard s’était éteint, et que sa bouche, ainsi que ses mains tremblaient. Cela n’avait duré que quelques secondes mais c’était là un temps suffisamment long pour que toutes les personnes présentes à l’audience comprennent que quelque chose n’allait pas. Elle avait dû s’excuser auprès du juge pour ce moment d’égarement puis reprendre avec plus de force et de volonté la défense de son client.

Elle ne savait pas pourquoi chacune de ses existences avait réagi de manière tellement différente face à cet évènement. Affolée, secouée, surprise, attirée, transie… tant de sentiments contradictoires qui se mélangeaient pourtant si bien. Tout cela depuis le meurtre de son existence écrivaine, Estelle Dumet.

Qu’est-ce qu’elle lui manquait.

Et ce qu’elle(s) ne savai(en)t pas encore, c »était tout ce qui allait s’ensuivre…

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