5 – Du bout de ses doigts

– Mademoiselle Zu, voulez-vous un verre ?

Elle leva les yeux. Le barman lui tendait du vin rouge.

– Oui, volontiers. Merci.

Elle le prit délicatement, en but une gorgée avant de le poser sur la table d’à côté.

Elle se malaxa les mains d’un air concentré et fixa le piano.

Devant elle, se tenait non pas un instrument de musique mais un instrument de voyage. Un moyen de partir loin tout en restant sur place. C’était pour Estelle l’une des plus belles inventions humaines.

Elle inspira longuement puis se lança.

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Tout en douceur.

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Elle prenait son temps.

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Il n’existait aucune urgence, juste des hommes pressés.

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Pourquoi utiliser des mots quand les notes vous permettent de parler à votre place ? Mieux, d’aller au-delà de vos limites, de sortir de votre zone si confortable, et de vous aventurer, au-delà de vous-même ?

‘ ‘ ‘ , , ‘ ,

Elle n’entendait pas de la musique, elle voyait de la couleur. Elle ne donnait pas de ton, elle changeait simplement le spectre. Chaude, froide, tiède… prenez votre douche de lumières.

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C’était un bleu ciel nuit. Comme la plupart du temps. C’était visuellement ce qui l’apaisait le plus. Pourquoi ? D’un point de vue psychologique, il apaiserait l’esprit et le corps, abaisserait la pression artérielle, la fréquence cardiaque ainsi que la respiration. Qu’il refroidirait. D’un point de vue personnel, c’était bien plus que ça mais elle ne le savait pas vraiment pourquoi.

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Elle sentait une oasis rafraichissante dans les endroits les plus chauds de sa chaire. Comme si des mains la parcourait de part en part, dans l’unique but de lui donner du plaisir. Rien que pour elle.

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, ‘   ‘   ,    ‘   ,

Sa propulsion fut un morceau inachevé. Quelque chose de terriblement beau qu’elle n’osait pas encore rejouer. Mais la partition était bien là, tout au fond d’elle. Elle savait qu’un jour elle allait le reproduire et même le compléter. Ce n’était pas une conviction mais une réalité. Au moins une chose qu’elle pouvait anticiper dans ses existences.

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‘       , , ,    ‘     ‘   ‘

‘    ,

‘ ‘  ,,,        ‘  ‘ ‘ ‘    ,   ‘

Pourquoi parler ? Pourquoi ? Quand on pouvait voir…

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‘’                       ,    ‘ ‘ ‘,

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Du bout de ses doigts, vivait un autre monde.

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