Les vies d’Estelle – 2

Dans un geste de survie, elle porta le stéthoscope sur son cœur. Malgré l’épaisseur de la blouse, elle entendit les battements. Ils étaient rapides et violents. Elle était clairement affolée.

On l’avait tué.

D’un coup. Aucune douleur. Seule la mort est venue. Un geste de professionnel.

Ses émotions avaient dû se lire sur son visage car sa patiente la regardait, inquiète.

– Vous allez bien ? demanda-t-elle.

– Oui oui, répondit Estelle en se donnant aussitôt une contenance. Je suis un peu fatiguée, c’est tout.

La patiente savait qu’elle mentait, et la doctoresse savait qu’elle savait, mais, pendant la consultation, aucune d’entre elles ne revint sur ce sujet.

– Bon, lança Estelle, c’est une simple bronchite. Je vais vous prescrire du Doliprane ainsi que du sirop pour la toux.

– Merci Doctoresse Lanie… je vous dois combien ?

– Vingt-trois euros, s’il-vous-plait.

Une fois le règlement fait, et la patiente sortie, Estelle ne put s’empêcher de se toucher le front. C’est la première fois qu’elle mourait et ce sentiment était atroce. Comme si une part d’elle avait été arrachée. Elle avait cette sensation d’avoir encore l’acier transpercé dans la tête. D’ailleurs, des dizaines de questions s’y bousculaient au dedans:  « Pourquoi l’avoir tué ? », elle n’était qu’une écrivaine. »Cherchait-il à la voler ? », après tout elle avait tiré une bonne recette de ses publications. « Était-il jaloux de sa popularité ? », elle était assez connue dans le pays. « Avait-t-il au moins agi en son nom  ? », il se peut qu’il ait suivi les ordres d’une autre personne. « Était-il tout seul ? », il pouvait avoir des complices.  Et puis, d’abord, « Qui est-t-il ? ». Ou bien elle. Estelle n’avait aucune réponse. Elle n’avait peut-être pas eue de chance dans cette vie et, des meurtres, ça pouvait arriver à n’importe qui. Surtout qu’elle n’avait pas fermé la porte à clef et que, d’une manière plus générale,  elle vivait plutôt à la cool. Une question  lui vint subitement à l’esprit. La plus importante d’entre toutes, évidente:

« Savait-t-il ? t-elle ? ».

Elle angoissait.

Pour la première fois de ses vies.

L’illustration a été trouvée sur Tumblr mais son auteur n’a pas pu être identifié.

  1. Ju2Samotyj dit :

    Tu conserves ta belle écriture, tu y ajoutes un peu plus de tension et de mystères et j’attends impatiemment la suite !

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