2 – Le stéthoscope sur son cœur

Dans un geste de survie, elle porta le stéthoscope sur son cœur. Elle entendit très distinctement son rythme cardiaque malgré l’épaisseur de la blouse. Les battements étaient rapides, violents, irréguliers. Sa respiration, rauque et puissante à la fois. Alors que la chaleur lui montait à la tête, le froid la gela de l’intérieur.

Affolée, elle essaya de comprendre ce qui lui arrivait. Elle s’assit, puis, quand elle réalisa qu’elle se massait mécaniquement le front, la vérité la frappa comme une évidence.

On l’avait tuée.

D’un coup sec.

Rapide.

La mort était venue à elle dans son sommeil.

Jamais elle n’avait expérimenté quelque chose d’aussi intense. Comme si, en moins d’une seconde, on avait détaché son esprit de son corps pour la propulser loin dans le ciel avant de l’aplatir aussitôt au sol. Elle avait l’impression de sortir d’un manège à sensation forte.

Pourtant, malgré la violence, elle n’avait aucune douleur. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, il lui semblait avoir retrouvé un je-ne-sais quoi de familier. C’était… étrange.

Une femme la regardait, inquiète.

– Vous allez bien ? demanda cette dernière.

Estelle sursauta. Elle avait complétement oublié qu’elle était en consultation et qu’elle avait en face d’elle une patiente à moitié nue, assise sur la table d’examen, qui attendait son diagnostic.

– Oui… oui, répondit-elle, toute gênée, en se levant aussitôt. Je suis un peu fatiguée, c’est tout.

– Vous devriez vous reposer, lança la femme, compatissante. Vous travaillez beaucoup…

– Vous avez raison… je vais suivre votre conseil et prendre quelques jours de repos d’ici la fin de semaine.

Au grand soulagement d’Estelle, la patiente ne revint pas sur le sujet pendant le rendez-vous.

– Bon, c’est une simple bronchite mais ça me semble être lié à une allergie. Je vais vous prescrire du doliprane, du sirop pour la toux et des antihistaminiques.

– Une allergie ? Ha ?! Je n’ai jamais eu d’allergie de toute ma vie !

– Peut-être que c’est lié à la pollution de Paris… je vois de plus en plus de toux comme le vôtre.

– Je ferai attention alors… je vous remercie Docteur Lanie.  Combien vous dois-je ?

– Vingt-trois euros s’il-vous-plait.

Une fois la patience sortie du cabinet, Estelle ne put s’empêcher de se retoucher le front. C’est la première fois qu’elle mourait. Elle pensait avoir une lame dans la tête, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir des dizaines de questions qui s’y bousculaient.

 « Pourquoi l’avoir tuée ? », elle n’était qu’une écrivaine.

« Etait-ce pour la voler ? », après tout elle avait tiré une bonne recette de ses publications.

« Était-il jaloux de sa popularité ? », elle était assez connue dans le pays.

« Avait-t-il au moins agi en son nom ? », il se pouvait qu’il ait suivi les ordres d’une autre personne. « Était-il tout seul ? », il pouvait avoir des complices.  Et puis, « Qui était-t-il ? A moins que ça soit une femme ».

Elle eut beau explorer le moindre de ses souvenirs, elle n’y trouva aucun indice.

Elle n’avait peut-être pas eu simplement de chance dans cette vie. Des meurtres, ça pouvait arriver à n’importe qui n’importe quand. Elle endentait tous les jours des faits divers à la télé. Surtout qu’elle n’avait pas fermé la porte à clef et que, de manière générale, elle vivait plutôt tranquille sans se méfier de quoi que ce soit.

Mais alors qu’elle préparait la salle pour accueillir son prochain patient, une question lui vint subitement.

La plus importante d’entre toutes.

« Savait-t-il ? T-elle ? ».

Elle angoissa.

Pour la première fois de ses vies.

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